Tropical beach

Avoir empilé mes affaires sans plan de chargement m’a coûté bien plus que 1h30 chaque matin

Empiler mes affaires sans plan de chargement a fait basculer la pile dans mon garage, et le carton du dessus m'a frappée de plein fouet. J'avais déjà le sac de couchage ouvert, le réchaud posé de travers, et je pensais gagner du temps avant un week-end au lac Pavin. Depuis la région de Clermont-Ferrand, je suis partie pour deux jours vers ce départ improvisé avec mon compagnon, sans enfants, la tête déjà ailleurs. La chute m'a coûté 3 semaines de gêne au dos, et le carrelage portait encore la trace sombre de la sangle arrachée.

Le jour où j'ai compris que charger sans méthode, c'était jouer avec le feu

En 12 ans comme Rédactrice spécialisée en voyage outdoor et camping pour magazine en ligne, j'ai passé mes journées à parler d'emplacements, de caravanes rétro et de séjours bien préparés. Ce matin-là, dans mon garage, je me suis retrouvée à faire tout l'inverse de ce que je défends dans mes articles. On vit à deux, mon compagnon et moi, et le matériel finit vite posé là où il reste un coin libre. J'étais pressée, j'étais sûre de moi, et j'ai été convaincue qu'une pile un peu bancale tiendrait jusqu'au départ.

Le vrai problème, ce n'était pas seulement le désordre. J'avais posé un sac de 17 kilos sur une caisse fragile, puis un carton de vaisselle de camping au-dessus, sans sangles ni caisse rigide. Le bidon pliant de 5 litres a glissé sur le côté, et j'avais laissé la petite table pliante contre la porte, comme si la gravité allait faire une pause. Mon travail de Rédactrice spécialisée en voyage outdoor et camping pour magazine en ligne m'a appris à regarder le poids, la stabilité, les gestes répétés. Là, je n'ai regardé que la place libre.

Quand j'ai tiré le carton du bas, tout a cédé d'un coup. Le sac de couchage a basculé, la caisse a plié, et je me suis retrouvée au sol, l'épaule coincée sous le bord du carton. J'ai été frappée par le silence juste après le bruit sec, ce petit vide où je n'ai même pas compris tout de suite que j'avais mal. La douleur a couru dans le bas du dos, nette, chaude, et j'ai eu ce réflexe idiot de rire une seconde. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Je me suis sentie nulle de devoir appeler mon compagnon pour me relever. J'ai essayé de faire semblant que ça allait, puis j'ai compris que je marchais de travers. J'ai hésité une bonne partie de la matinée avant de décider si je devais filer aux urgences ou attendre. J'ai fini assise contre le mur, avec la main sur la hanche, en regardant cette pile qui n'avait rien d'un hasard. Là, j'ai su que ce n'était pas juste une mauvaise chute. C'était mon manque de méthode qui venait de me tomber dessus.

Ce que cette chute m'a vraiment coûté, bien au-delà du temps perdu chaque matin

Les jours qui ont suivi ont été lourds. J'ai dû m'arrêter 3 semaines, et le dos est resté raide bien après le premier week-end. Pour faire le point sur la gêne, j'ai pris rendez-vous avec un professionnel de santé, parce que je ne savais plus comment soulager ça seule. J'ai aussi payé 84 euros pour ce rendez-vous et perdu une matinée entière entre l'attente, le trajet et le retour à plat. Je ne parle même pas du sommeil, qui a été haché pendant 11 nuits d'affilée.

Le temps gaspillé me saute encore au visage quand je refais le calcul. J'y passais 1h30 chaque matin, à trier, déplacer, chercher ce qui avait glissé sous une caisse, puis à remettre tout en équilibre. Sur 30 jours, j'en étais déjà à 45 heures. Avec les allers-retours imposés par la blessure, j'ai fini à 50 heures perdues sans avoir pris la route. Quand je pense à ce chiffre, j'ai l'impression d'avoir passé une semaine entière à déplacer du vide.

Le reste a débordé sur le quotidien. Le départ vers le lac Pavin a été repoussé, et notre sortie prévue à deux a pris un coup de frein. J'avais un article à rendre, et j'ai accumulé du retard sur 4 dossiers en même temps. La fatigue m'a rendue sèche, pas drôle, et franchement moins disponible. Avec mon compagnon, sans enfants, la maison a tourné au ralenti pendant que je traînais ma douleur d'un coin à l'autre.

« J'ai appris à mes dépens que ce n'est pas qu'une question de rangement, c'est une question de sécurité physique et mentale. » Cette phrase me revient parce que c'est exactement ce que j'ai encaissé. Je n'ai pas perdu seulement une matinée. J'ai perdu de l'énergie, du calme, et cette sensation très simple de partir légère. J'ai aussi compris que le bazar installé la veille se paye toujours le lendemain, par moments au centuple.

Ce que j'aurais dû faire avant d'empiler mes affaires sans plan

J'aurais dû penser mon chargement comme un vrai ensemble, pas comme une pile de dernière minute. Ma Licence en Tourisme et Loisirs (Université Clermont Auvergne, 2012) m'a appris à regarder les volumes, les contraintes et les circulations, pas seulement le nombre de sacs. Pour un départ en camping, j'aurais dû placer le lourd en bas, le fragile dans des bacs fermés, et garder les objets utilisés en premier à portée de main. J'aurais aussi dû arrêter de croire qu'un coin libre vaut un emplacement bien pensé.

  • objets lourds empilés en haut
  • absence de sangles ou contenants rigides
  • espace de chargement non mesuré ni anticipé
  • précipitation et multitâche sans pause

Les repères de la Fédération Française de Camping et de Caravaning m'avaient déjà fait tiquer sur l'ordre du matériel, mais je les avais lus trop vite. L'Office de Tourisme du Sancy, dans ses conseils sur les départs bien préparés, rappelle aussi qu'un trajet commence avant le moteur. Là, je me suis dit que mon problème venait moins du camping que de ma façon de l'aborder. J'étais pressée, j'ai voulu faire tenir trop de choses dans trop peu de place, et la pile a réagi comme elle devait réagir.

Ce que cette expérience m'a appris, et pourquoi je ne referai jamais cette erreur

Ce que je pensais être une simple corvée de rangement est devenu une leçon de vie sur la valeur du temps et de la sécurité. J'ai été convaincue par la brutalité du résultat, pas par une théorie lue dans un guide. Quand je prépare aujourd'hui un départ, je le fais avec une feuille, quelques photos du chargement et des notes très bêtes, parce qu'une pile qui paraît stable peut mentir. J'ai aussi vu que la méthode m'évitait cette fatigue mentale qui me tombait dessus avant même de rouler.

Je n'ai pas appris ça dans un grand moment de sagesse. Je l'ai appris avec le dos bloqué, une semaine hachée, et une sortie vers le lac Pavin repoussée sans élégance. Ma manière de travailler a d'ailleurs changé avec le temps, car mes 12 ans de rédaction sur le camping m'ont rendu plus attentive aux détails que je négligeais chez moi. Et là, franchement, je me suis sentie un peu idiote d'avoir laissé un simple empilement me voler autant d'élan.

Je ne sais pas si cette erreur aurait eu la même suite chez tout le monde, mais chez moi elle a laissé une vraie trace. Pour quelqu'un qui accepte de perdre 1h30 chaque matin et de vivre avec une pile bancale, cette façon de faire pouvait sembler pratique. Moi, elle m'a coûté 3 semaines, un rendez-vous chez la kiné, et une mauvaise peur au milieu du garage. Si j'avais su, je n'aurais pas laissé cette montagne de sacs me tomber dessus au moment le plus bête.

Célestine Lévesque

Célestine Lévesque publie sur le magazine Camping Retro des contenus consacrés au camping, au voyage outdoor et à la préparation de séjours en plein air. Elle traite notamment des emplacements, des hébergements et des usages liés au voyage itinérant avec une approche claire, structurée et utile pour le lecteur. Retrouvez son profil complet et l’ensemble de ses articles sur sa page auteur.

LIRE SA BIOGRAPHIE